
"...... Cette semaine a été trés dure, non pas que les missions aient été dangereuses, mais elles étaient trés longues, 7 heures chaque fois, donc trés fatigantes. Aussi la "perm" est bienvenue. J'ai maintenant 24 missions,2 citations et la 3e étoile de vermeil est en route. Je pense finir mon tour à 30 missions. Bientôt, je l'espère,je serai prés de vous. Le moral tient toujours. ne vous faites aucun souci..."
13 janvier 1945, bombardement d'un dépot d'essence à l'arrière de SAARBRUCK. 14 janvier,bombardement du noeud de voies ferrées à DULMEN. 28 janvier, bombardement de la gare de KORNWESTHEIM PR2S DE STUTTGART.Au cours de cette mission, l'avion "G" ayant des ennuis fait demi-tour. Le lendemain BORDIER écrira son avant-dernière lettre et dans un style sobre livre son état d'esprit mettant son patriotisme au premier plan.
"...... Ma chère maman,
je vois que tu te fais toujours des illusions.Non,je suis toujours sergent. Sache que nous, qui avons le trés grand honneur d'aller au baroud, n'avons pas besoin de galons...Ma croix de guerre vient de s'orner d'un troisième clou, en vermeil celui-là, et ce n'est pas fini. C'est pour moi, une grande,trés grande satisfaction. Nous avons fait, tu peux m'en croire, du bon travail. Le moral est à la hauteur. La fin proche du tour y est pour quelque chose..."
La dernière lettre de bordier peut nous donner le témoignage de la grandeur d'âmes de ces hommes d'équipage:
"...... Je viens d'être proposé Chef. J'ai signé ce matin ma proposition;mais par contre , on nous a allongé le tour de 6 missions.Dommage ,j'avais presque fini mon tour. Mais que faire, surtout ne vous inquiétez pas outre mesure.Aprés tout 6 de plus ou de moins ne tire pas à conséquences. Je pourrais demander à être mis en congé illimité, mais je ne le ferai pas,car j'aurais l'air de me dégonfler et ce ne serait pas trés élégant vis-à-vis de mon équipage.Patience, le moral est bon et j'ai la ferme conviction que je m'en tirerai. A trés bientôt de vous revoir. Ce jour-là, sera le plus beau jour de ma vie..."
Le plus beau jour de sa vie, BORDIER ne le connaîtra pas. Les arrêts implacable du destin sont là. La famille, la joie du retour, le bénéfice de la paix retrouvée ne lui étaient pas destinés; en ce soir du 6 février,sous son "tonneau", BORDIER ne pouvait s'imaginer qu'il rédigeait l'ultime lettre que sa famille recevrait.
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